Smart city

Vers une mobilité durable
Episode 1 : repenser l’utilisation de nos voitures

Savez-vous à quoi correspond la semaine du 16 au 22 septembre ? Sans doute encore peu d’entre nous saurons qu’il s’agit de la semaine européenne de la mobilité ! Un enjeu majeur qui dessine nos villes et nos vies, que ce soit en termes environnementaux, mais aussi en termes de bien-être.

On l’a vu pendant le confinement, nos actions ont un impact direct sur la pollution. A New Delhi, celle-ci a baissé de 60% alors que les activités humaines tournaient au ralenti. Les habitants du Nord de l’Inde ont pu ainsi redécouvrir les sommets de l’Himalaya, cachés des regards depuis 30 ans sous l’effet de la pollution.

Déplacements doux, place du vélo, piétonisation… Les projets et débats liés à la mobilité durable n’ont sans doute jamais été aussi nombreux qu’en cette période post-crise sanitaire. Une remise en question nécessaire quand on sait que les transports sont responsables d’un quart des émissions à effet de serre.

Quelles sont les solutions imaginées pour passer de l’ère des transports polluants à une mobilité durable et intelligente ? Intéressons-nous, dans ce premier chapitre sur la mobilité verte, aux solutions visant une utilisation plus smart de nos véhicules à moteur.

Mobilité partagée : une remise en cause de la propriété au profit de l’usage

La voiture a longtemps été symbole de liberté individuelle, et elle le reste encore pour beaucoup. Néanmoins, l’économie de la possession est aujourd’hui remise en cause par l’économie du partage. Le secteur des transports n’échappe pas à cette tendance de fond. Covoiturage, autopartage, auto-stop citoyen : les initiatives sont nombreuses pour faire de la voiture le premier moyen de transport en commun. Objectif ? diminuer les émissions issues des pots d’échappement en réduisant le nombre de voitures en circulation, baisser le coût de transport, mais aussi créer un lien social, la voiture devenant un nouveau lieu d’échange.

L’autopartage

On connait tous le covoiturage. Plus besoin de présenter Blablacar (remarquez le choix du nom visant à remettre la place de l’humain au centre des déplacements) ; la plateforme, qui a vu le jour en 2004, se hisse en tête des réseaux de covoiturage dans le monde, avec 70 millions d’utilisateurs.

Si le covoiturage s’est démocratisé, l’autopartage reste encore marginal. Pourtant, selon une étude publiée en décembre 2019, plus de la moitié des clients d’un service d’autopartage finit par se passer de voiture individuelle.

Cette solution permet à plusieurs personnes d’utiliser un véhicule commun ; elle est aujourd’hui disponible dans les grandes agglomérations françaises à travers notamment le réseau Citiz (ou Autolib’ à Paris). Une voiture en autopartage remplace en moyenne 5 voitures personnelles et libère 4 places de stationnement.

L’autopartage entre particuliers se développe quant à lui de plus en plus. En Belgique par exemple, grâce à Cozycar, il est désormais possible de partager sa voiture avec ses voisins ou ses amis, que ce soit sous une forme locative (lorsqu’il emprunte une voiture, l’utilisateur s’acquitte envers le propriétaire d’un prix calculé au kilomètre), soit sous forme de copropriété (plusieurs personnes achètent une voiture et en partagent les frais).

L’autostop citoyen

L’auto-stop est amené à renaître dans nos smart cities : il contribue en effet à une mobilité durable, notamment en zone périurbaine et rurale, où l’offre de transport est faible. L’auto-stop citoyen, autrement dit un système gratuit de stop organisé au niveau local, devient alors une alternative à la voiture individuelle sur des courts trajets.

Dans la région de Nantes par exemple, à Orvault, un système d’auto-stop citoyen, du nom de Cocliquo, a été mis en place : l’usager attend à des arrêts balisés et mentionne aux automobilistes la destination souhaitée via un panneau adapté. Cette installation permet ainsi aux habitants de se déplacer au sein de la commune gratuitement et en toute sécurité. Découvrez dans cette vidéo comment fonctionne concrètement cette sympathique initiative :

 

À plus grande échelle, le réseau solidaire Rezo Pouce travaille en lien avec les municipalités : il est implanté dans 1 600 communes en France et connaît un succès croissant. À Moissac, ville de plus de 12 000 habitants, 6 % de la population est inscrit. Pour utiliser le service, les usagers doivent être référencés sur le site de l’association ou à la mairie, et télécharger l’application. Une démarche qui leur donne accès à une carte d’adhérent et à un prototype de pancarte, sur laquelle ils sont invités à inscrire leur destination.

Repenser le stationnement

Partager les voitures permet mécaniquement de réduire le nombre de véhicules en circulation, et donc la pollution et le stress associé. Penser autrement le stationnement contribue également à la voie de la mobilité durable. Une étude Harris Interactive réalisée en 2017 estimait que les Français consacraient 30 minutes par semaine à chercher une place de parking. Plus édifiante encore, l’étude générale du CERTU (Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques), selon laquelle 60% de la pollution urbaine proviendrait de la circulation liée au stationnement.

Pour lutter contre les problèmes de stationnement et de pollution qui en découlent, deux tendances se dessinent : l’une, s’appuyant sur une philosophie de partage, repose sur la mutualisation des places ; l’autre fait appel aux nouvelles technologies pour offrir une assistance au parking.

Des stationnements intelligents

Le stationnement intelligent peut prendre plusieurs formes, et permet de réduire considérablement le temps de recherche d’une place de parking, notamment grâce à la mise à disposition de places connectées. Le principe est simple : une application sur votre smartphone vous guide jusqu’à une place de stationnement disponible. Ces applications prédictives se sont largement développées. Parmi elle, citons l’application Find & Pay du suédois EasyPark qui permet de trouver facilement (et de payer) une place dans 600 villes européennes.

Le stationnement intelligent peut également prendre une autre forme : et si votre voiture se garait automatiquement sans votre présence à bord ? Le projet Cyber Valet Services (ou Service de stationnement Intelligent) permet à une voiture équipée de la technologie Valeo Park4U Auto de se garer seule dans un parking souterrain connecté. L’usager n’a qu’à descendre de son véhicule à l’entrée du parking et à utiliser son smartphone pour, en un clic, envoyer sa voiture autonome trouver toute seule une place de libre et se garer. En France, le Ville d’Issy-les-Moulineaux est pionnière en la matière. Démonstration en images :

Des parkings partagés…

On l’a vu plus haut, dans les smart cities, les voitures et les vélos sont partagés. Pourquoi les parkings ne le seraient pas ? L’idée est d’exploiter les espaces déjà construits et qui ne sont pas occupés à plein temps. Aux États-Unis, on estime qu’il y a huit places de parking pour chaque voiture ! Places dans les hôtels, les entreprises, les bâtiments administratifs, les résidences étudiants… nos villes regorgent d’espaces bétonnés inutilisés. Aussi, de plus en plus d’applications et de sites vous permettent désormais d’accéder à ces places de parking inoccupées, via une réservation en ligne. C’est notamment l’offre proposée par Zenpark qui se revendique comme « le plus grand réseau de parkings partagés intelligents d’Europe ». Car, comme le souligne son fondateur William Rosenfeld « il n’y aura pas de mobilité autonome sans immobilité intelligente ».

… et écolo

Nos parkings bétonnés sont de véritables ilôts de chaleur qui contribuent notamment à rendre les températures estivales de moins en moins supportables.  A travers les parkings partagés, on essaie de réduire la place allouée au stationnement. Avec les parkings écologiques, on tente de concilier stationnement et nature. Ces smart parkings peuvent générer plus de ressources qu’ils n’en absorbent. Végétalisation de l’espace, toits solaires, éolienne, utilisation d’asphalte poreux… Les solutions pour verdir nos parkings sont nombreuses.

L’un des exemples les plus aboutis est sans doute le parking Greenway de Chicago qui conjugue toutes les innovations urbaines actuelles : design, économe en énergie et durable.

Le parking Greenway de Chicago, un parking écologique modèle
@John Picken

Si on trouve à l’intérieur des poubelles de tri sélectif, des lumières économes en énergie et un toit végétalisé, les façades de verre ajourées participent à une meilleure ventilation naturelle. À l’intérieur, les usagers peuvent trouver des bornes de recharges pour leurs véhicules électriques… alimentées par des panneaux solaires. Tandis qu’une dizaine d’éoliennes verticales (les tubes blancs que l’on voit de l’extérieur) alimente le parking en électricité.

 

Nous pouvons donc rendre l’utilisation de nos voitures polluantes plus compatibles avec la notion de développement durable. Mais la mobilité verte passe aussi bien sûr par le développement de modes de transport alternatifs : vélos, trottinettes, tapis roulants, téléphériques urbains, hyperloop dessinent les villes d’aujourd’hui et… de demain, avec des infrastructures adaptées. À suivre le mois prochain dans notre second épisode.