Smart city

L’intelligence artificielle au service des citoyens ?

Plus d’un siècle après l’arrivée de l’électricité et le pétrole, nous vivons actuellement ce qu’il est commun désormais d’appeler la quatrième révolution industrielle. L’essor de l’intelligence artificielle, après celui du numérique, redistribue les cartes de l’industrie et de l’économie, au moment où nos sociétés s’interrogent sur la course à la productivité et la nécessité de produire et consommer autrement.

L’IA, à la fois fantasmée et redoutée, est utilisée dans un nombre croissant de solutions  répondant à des problématiques de sécurité, de mobilité ou de citoyenneté… Voyons comment l’intelligence artificielle peut rendre nos villes plus smarts.

L’intelligence artificielle pour des villes plus  sûres

Partout dans le monde, pour rendre leur territoire intelligent, les villes s’enrichissent de véritables architectures numériques composées de capteurs (de présence, de mouvement, de température, de pollution…) et de réseaux informatiques. Il en résulte une énorme quantité de données, que l’intelligence artificielle « analyse » pour prédire et ensuite aider à la décision, notamment dans le cadre de la sécurité urbaine.

Vous avez déjà regardé cette série américaine, Person of interest ? Les héros travaillent en collaboration avec la Machine, une intelligence artificielle de surveillance de masse qui permet d’anticiper les menaces et les crimes. De la science-fiction à la réalité, il n’y a aujourd’hui plus de frontière. L’intelligence artificielle montre désormais, parmi les images filmées par des centaines de caméras haute définition, uniquement ce qu’il faut voir. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb indiquait en 2017 « en matière d’exploitation des images et d’identification des personnes, on a encore une grande marge de progression. L’intelligence artificielle doit permettre, par exemple, de repérer dans la foule des individus au comportement bizarre ».

Des solutions complètes, basées notamment sur le traitement de la vidéo avec l’IA et plus précisément le deep learning sont testées à travers le monde, notamment par Thalès ou Huawei. Grâce à un système d’algorithmes, l’intelligence artificielle permet d’analyser un comportement anormal ou déviant par rapport à une situation habituelle. Des alertes sont données, et derrière son écran, l’opérateur sait en temps réel où se trouvent les secours et peut ainsi les diriger.

La solution complète Safe City de Thalès

À Mexico City, où la solution Safe City de Thalès a été déployée en 2010 (avec le recours de 15 000 caméras à travers la ville), la criminalité aurait été réduite de 56% en cinq ans, et le temps moyen d’intervention serait passé de 12 à moins de 3 minutes. En France, des villes comme Nice, Marseille ou Paris (La Défense) mettent en place des solutions similaires, non sans soulever la mobilisation de ceux qui dénoncent une atteinte à la liberté individuelle.

Mais certaines villes vont plus loin encore. À Shenzhen, la “Safe City Solution » de Huawei mélange intelligence artificielle et reconnaissance faciale pour permettre aux autorités de résoudre plus rapidement et plus facilement les incidents. Là encore en France, le cadre légal plus strict qu’en Chine ou aux États-Unis sur l’utilisation de données personnelles rend le déploiement de telles solutions sécuritaires difficiles à mettre en place.

L’IA pour des villes plus fluides

Après la sécurité, la mobilité est un autre des enjeux majeurs de la smart city : toutes les grandes métropoles sont aujourd’hui engorgées par un trafic toujours plus croissant, entraînant pollution et perte de temps pour les conducteurs ou même les usagers des transports en commun. Si les regards se tournent naturellement vers des solutions de déplacement alternatives et moins polluantes, l’intelligence artificielle contribue notamment quant à elle, à une meilleure gestion du trafic.

Des solutions fonctionnant à base d’intelligence artificielle permettent en effet d’optimiser le trafic en gérant automatiquement et intelligemment les feux et les priorités. Singapour, et ses 6 millions d’habitants (l’un des territoires les plus densément peuplés au monde), est un très bon terrain d’expérimentation pour ces solutions. Grâce à des caméras présentes au niveau des feux de circulation, l’intelligence artificielle permet d’adapter la durée de chaque feu. Aux heures de pointe, le système peut par exemple, décider de laisser le feu vert pour les véhicules plus longtemps afin de fluidifier le trafic. Dans la ville de Pittsburgh aux États-Unis, la solution Surtrac fait gagner 25% de temps de voyage grâce à la gestion automatisée des signaux et feux tricolores. De la même manière, la ville de Milton Keynes au Royaume-Uni utilise l’intelligence artificielle pour limiter les embouteillages et gérer les priorités entre les différents usagers.

Grâce à l’intelligence artificielle, il est également possible de parler de stationnement intelligent. Des applications permettent en effet de géo localiser en temps réel les places de parking disponibles, comme Path to park, qui utilise les données des horodateurs Parkeon de Paris, ou encore Parking map, qui utilise les données en open data des parkings et des caméras installées dans la ville.

Enfin, demain peut-être, l’intelligence artificielle rendra possible la circulation de voitures autonomes. Mais dans ce domaine, la route est encore longue…

L’IA pour des villes plus propres

La smart city, c’est aussi une ville plus verte, plus propre. Un défi à relever au regard de la densification des centres-villes et de la pollution galopante sur notre planète. Comment l’intelligence artificielle peut-elle venir au secours de propreté urbaine et de la pollution ?

À Genève, la startup suisse Cortexia a déployé un service de surveillance de la propreté urbaine. En embarquant des caméras intelligentes sur des vélos et des véhicules municipaux, il est possible d’identifier en temps réel les déchets présents sur la voie publique. Le dispositif est relié à un algorithme de machines learning, ce qui permet d’optimiser les itinéraires de nettoyage ainsi que leur fréquence. Aujourd’hui, la startup poursuit son développement et vise 1300 villes en Europe ainsi que le CES de Las Vegas 2019.

D’autres mobilisent l’intelligence artificielle afin de préserver les océans. Nous avons particulièrement aimé le projet Soft Robotic Fish, mis en place par des chercheurs du MIT. Soft Robotic Fish, c’est un poisson robot, qui permet aux scientifiques d’observer, sans les effrayer, les créatures marines dans leur écosystème naturel. Une manière douce d’étudier les conséquences de la pollution des océans sur le comportement desdits poissons. Le poisson robot est encore aujourd’hui contrôlé à distance, mais à terme, l’intelligence artificielle devrait lui permettre de suivre un banc de poissons de manière autonome.

Découvrir ce joli poisson :

L’IA pour des villes plus à l’écoute

L’un des enjeux des smart cities est d’être à l’écoute réelle de ses citoyens. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’intelligence artificielle peut y contribuer. En mettant au service des collectivités, des agents conversationnels qui prennent le relais des agents publics.

Au nord de Londres, Amélia, un agent conversationnel semblable à SIRI, accompagne ainsi les habitants dans leurs démarches et services municipaux. Il ne s’agit pas d’un simple chat bot. Amelia aide les utilisateurs en ligne en captant leurs paroles et leurs expressions faciales. Cela lui permet de répondre ensuite oralement en ayant recours au langage corporel. Grâce à l’IA, elle est capable d’apprendre, ou du moins d’imiter le processus de la réflexion humaine. C’est d’ailleurs ce qui la distingue des chat bots traditionnels, très vite limités face à des questions complexes. Cette intelligence lui permet de comprendre 98% des requêtes et d’apporter des réponses pertinentes.

Découvrez comment Amelia apprend, c’est bluffant :

 

Les algorithmes de machines learning sont capables de croiser des informations et de valider des processus complexes qui peuvent profiter pleinement aux services de la ville intelligente. Les champs d’application sont multiples, comme nous avons pu le voir à travers ces quelques exemples. Le champ des possibles qui s’ouvre avec le développement de l’intelligence artificielle est tout aussi impressionnant que les défis qui en résultent (tant technologiques, juridiques qu’éthiques). Les réponses apportées contribueront-elles – ou non – au développement du bien-vivre ensemble ?