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Les forêts urbaines : quand les arbres s’invitent en ville

forets urbaines

D’ici 2050, les villes devraient accueillir 66% de la population mondiale. Or les grandes métropoles concentrent la pollution atmosphérique : les aires urbaines émettent en effet plus de 72% des gaz à effet de serre. Selon l’OMS, 9 personnes sur 10 dans le monde respirent un air trop pollué par les particules fines, particules qui seraient responsables du décès de 3,7 millions de personnes par an. Un nombre qui pourrait quasiment doubler d’ici 2050.

Or, savez-vous qu’un arbre peut éliminer, dans un rayon d’une centaine de mètres, jusqu’à un quart de la pollution par les particules ? L’arbre ne devrait-il donc pas devenir le meilleur allié de la ville de demain, pour des cités plus résilientes ? Comment les architectes intègrent-ils les arbres dans leurs projets architecturaux ?

Découvrons quelques réponses illustrées à ces questions…

Des arbres qui nous veulent du bien

Nombreuses sont les études scientifiques qui pointent les bienfaits de la végétation et en particulier des arbres sur notre santé, et plus largement notre bien-être.

  • Ils contribuent à la qualité de l’air, en absorbant certains polluants et en fixant les particules fines que les feuilles emprisonnent. Alors, oui, bien sûr, tous les arbres ne se valent pas, et il vaut mieux éviter de planter platanes, chênes ou peupliers qui peuvent être responsables d’allergies et d’affections respiratoires.
  • Ils stockent le CO2 en excédent dans l’atmosphère. Sachez qu’un arbre de 5 m³ peut absorber l’équivalent de 5 tonnes de CO2 (soit les émissions de 5 vols aller-retour entre Paris et New York).
  • Ils constituent un rempart contre la chaleur ; leur ombrage contribue en effet à lutter contre les phénomènes d’ilot de chaleur urbaine. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les arbres urbains, lorsqu’ils sont idéalement placés, peuvent ainsi rafraichir l’air ambiant de 2 à 8 degrés.
  • Ils forment un refuge pour la biodiversité en accueillant des espèces variées, comme des champignons, plantes, insectes, oiseaux ou encore de petits mammifères.
  • Ils jouent un rôle dans la réduction des nuisances sonores, et également visuelles (nous préférons tous voir un arbre à notre fenêtre plutôt que des panneaux publicitaires).
  • Tout simplement, ils nous aident à nous sentir mieux. Certaines études montrent même qu’ils diminueraient notre stress et nous aideraient à lutter contre la dépression.

Quand on vous disait que l’arbre était notre ami ?

A la (re)conquête de Paris

C’est en s’appuyant sur ces bienfaits que de nombreuses municipalités ont décidé de réintroduire les arbres dans l’espace urbain. À l’image d’Anne Hidalgo qui en a fait un argument de campagne : Paris verra pousser dans ses murs 4 forêts urbaines. Mais dans une ville qui compte 1 million d’habitants, à l’architecture et au sous-sol que l’on connait, faire pousser des forêts dans des sites emblématiques de la capitale ressemble à un casse-tête (car on parle de planter des arbres en pleine terre).

C’est ainsi qu’en octobre dernier, la Maire de Paris revoyait sa copie, abandonnant 2 des 4 sites initialement imaginés (celui de l’Opéra de Paris et d’une des voies sur Berge) pour en désigner 3 autres plus « adaptés » (place de la Bourse, place de Catalogne et rue Curial), les sites du parvis de l’Hôtel de Ville et de la gare de Lyon étant conservés.

Voici à quoi devraient ressembler ces forêts urbaines parisiennes :

La grande muraille verte

Ces projets de forêts urbaines, qui sont une des solutions pour faire face au réchauffement climatique, se développent à travers le monde. L’organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a ainsi annoncé en septembre 2019 le lancement d’un large programme baptisé « Une grande muraille verte pour les villes ». L’ambition est, d’ici 2030, de reboiser 800.000 hectares en zone urbaine, dans trente pays du continent asiatique et africain, dans des métropoles extrêmement polluées comme le sont Kuala Lumpur ou Rangoun. Un fonds de 1,5 milliard de dollars sera levé à cette fin.

Cette muraille verte a pour objectif de faire baisser les températures dans les villes (jusqu’à 8 degrés), mais aussi de mieux retenir les eaux de pluie (éviter le ruissellement) et de mieux filtrer les polluants atmosphériques.

Les forêts verticales de l’architecte italien Stefano Boeri

Certains architectes militent également pour encourager et développer la foresterie urbaine. Le fer de lance de cette tendance est sans aucun doute l’architecte italien Stefano Boeri qui considère les arbres et la végétation comme une composante à part entière de l’architecture et de la ville. Il appelle ainsi les professionnels de l’urbanisme à considérer l’arbre « comme un partenaire de la ville du futur ».L’architecte inscrit clairement l’arbre au centre de ses projets qui prennent forme à travers le monde.

Les Nanjing Green Towers

Ainsi à Huanggang, dans le district de Nanjing (300 km de Shangai), les habitants voient actuellement s’ériger de drôle de tours : deux tours qui seront couvertes de centaines d’arbres, la plus grande culminant à 200 mètres, la seconde à 108 mètres. Ces tours devraient abriter notamment un musée, une école d’architecture verte, un hôtel ou encore une piscine.

Cette réalisation de l’architecte Stefano Boeri est la première forêt verticale : plus de 1100 arbres (des espèces locales) seront plantés, complétés par 2500 plantes. Cette véritable forêt devrait contribuer à regénérer la biodiversité locale et à piéger 18 tonnes de CO2 par an tout en produisant plus de 16 tonnes d’oxygène.

Les travaux sont en cours, et les premiers arbres sont actuellement en cours de plantation, comme on peut le voir dans cette vidéo. L’inauguration des Nanjing Green Towers est prévue pour 2021.

La ville forêt de Liuzhou

Mais l’architecte italien a des projets encore plus ambitieux, avec notamment la ville forêt de Liuzhou. La ville est aujourd’hui un centre industriel de la province du Guangxi, et comme dans toutes les cités industrielles de Chine, la qualité de l’air y est préoccupante.

Dans ce projet, ce n’est pas une tour que l’architecte veut transformer en forêt mais une ville entière ! L’objectif est de construire une ville végétalisée de 175 hectares pouvant accueillir 30 000 habitants. Les arbres devraient y être en nombre supérieur, puisque le projet prévoit la plantation de 40 000 arbres sur les différentes terrasses des constructions. 1 million d’arbustes et de plantes devraient également contribuer à cet écosystème vert. Selon les projections du cabinet d’architecture, cette canopée permettrait d’absorber près de 10 000 tonnes de Co2 par an, 57 tonnes d’agents polluants, tout en produisant 900 tonnes d’oxygène !

Pour que le projet soit pleinement cohérent, la ville vise également le zéro pollution (elle sera reliée au centre de Liuzhou par une ligne de train express électrique) et l’autosuffisance en termes d’énergie (grâce à l’énergie solaire et géothermique).

La méthode Miyawaki, ou comment faire pousser des forêts en 20 ans

ll faut environ 200 ans pour laisser une forêt se reconstituer d’elle-même. Un temps long à l’échelle humaine et celle du réchauffement climatique actuel. Heureusement, un botaniste a imaginé une méthode pour atteindre en 20 ans ce que la nature fait d’elle-même en 200 ans.

C’est la méthode Miyawaki, du nom du botaniste japonais Akira Miyawaki. Cet homme est l’auteur d’une méthode de pousse rapide, inspirée des mécanismes de la nature et récompensée en 2006 par l’équivalent d’un Prix Nobel d’écologie. Cette méthode, peu coûteuse, mise au point en 1980, permet de faire pousser des forêts en un temps record sur des terrains urbanisés ou dégradés par l’homme. Voyons comment.

Il est nécessaire tout d’abord d’utiliser des essences natives prélevées dans les 20 kilomètres autour de la zone de reforestation : les espèces plantées seront ainsi parfaitement adaptées aux conditions climatiques du site de plantation. Puis, après avoir soigneusement préparer le terrain, il faut planter densément et de manière aléatoire, à l’image d’une forêt primaire, 15 à 30 espèces natives d’arbres et arbustes qui fonctionnent très bien ensemble. Cela favorisera plus tard l’augmentation de la biodiversité. Après la plantation (qui selon la philosophie de Miyawaki doit être l’affaire des populations locales), il faut enfin recouvrir de paillage pour imiter l’humus forestier (la couche supérieure du sol créée, entretenue et modifiée par la décomposition de la matière organique).

Avec cette méthode, la forêt devient complètement autonome après 3 années d’entretien, une canopée fermée prend forme en moins de 5 ans, et 20 ans après la plantation, une forêt adulte de plusieurs mètres de hauteur prend place.

Plus de 1.500 sites à travers le monde ont retrouvé un écrin vert grâce à cette méthode. La méthode Miyawaki constitue donc un levier puissant pour végétaliser nos villes.