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La sobriété numérique

pollution numerique : ordinateur à l'abandon

Quand on pense digital, on pense dématérialisation, et, naturellement nous avons tendance à imaginer qu’elle est source d’économie d’énergie. Or, nous sous-estimons largement les impacts environnementaux des activités numériques, que ce soit en termes de consommation d’électricité, de rejet de gaz à effet de serre, d’exploration minière… C’est là un paradoxe : la transition numérique participe aujourd’hui au dérèglement climatique plus qu’elle ne l’aide à le prévenir. D’où l’émergence du concept de sobriété numérique amené à demain nos villes hyperconnectées. De quoi s’agit-il ? Concrètement qu’est-ce que ça change dans nos usages ? On vous en dit plus dans cet article.

La pollution numérique en chiffres

Dans le monde, le numérique représentait, en 2019, 34 milliards d’équipement informatiques (ordinateurs bien sûr, mais aussi smartphones, téléviseurs, montres connectées, enceintes bluetooth, assistants vocaux…). Pour un total de 4,1 milliards d’utilisateurs, soit 8 équipements par utilisateur (ce chiffre grimpe à 11 en France !).

Or, la fabrication de matériels, leur utilisation, leur fin de vie, le déploiement de serveurs, le stockage des données, l’utilisation des équipements… ont un impact environnemental fort. L’air de rien, le numérique engendre aujourd’hui deux fois plus de pollution que l’aviation civile ! Selon le think-tank The Shift Project, la consommation énergétique mondiale du numérique augmente de 9 % chaque année, représentant près de 4% des émissions de C02 mondiales.

Dans son étude sur l’empreinte environnementale du numérique mondial, le collectif d’experts indépendants GreenIT pose également les chiffres : le numérique serait notamment responsable de l’émission de 1.400 millions de tonnes de gaz à effet de serre émis (3,8% de l’ensemble de nos émissions) et de la consommation de 6.800 TWh (térawatt-heures) d’énergie et de 7,8 millions de m3 d’eau douce. Concrètement, cela équivaut respectivement à 116 millions de tours du monde en voiture, 82 millions de radiateurs électriques allumés en permanence  et 3,6 milliards de douches !

Numérique ne veut donc pas dire Vert, au contraire :

Le numérique responsable de 4,2% de la consommation d'énergie primaire
L’impact environnemental du numérique – source : GreenIT

Pollution numérique : des impacts à plusieurs niveaux

L’impact du numérique sur l’environnement intervient à toutes les étapes : envoyer, traiter ou stocker une information réclame de l’énergie au même titre que la production des équipements qui le permettent.

Toujours selon le rapport GreenIT, les sources d’impact seraient par ordre décroissant d’importance :

1. La fabrication des équipements

La fabrication des terminaux est responsable de plus de 40% de la consommation totale du secteur numérique.

La phase la plus impactante est celle où l’on extrait les différents minerais de la terre (Cobalt, tungstène, étain…) pour les transformer en composants électroniques. Cette extraction représente non seulement des coûts énergétiques importants (elle requiert beaucoup d’énergie fossile et d’eau), mais contribue également fortement à la pollution des sols et de l’air des régions d’extraction (Afrique, Chine, Amérique latine).

extraction matiere premiere pour composants numeriques
32 kg de matières premières sont nécessaires pour fabriquer une puce électronique de 2 grammes

2. La consommation électrique liée à l’utilisation de ces équipements

Ce n’est pas la dimension de l’appareil qui compte : une box internet et TV consomme ainsi autant qu’un grand réfrigérateur (entre 150 et 300kWh par an). Si l’on tient compte du nombre d’équipements par utilisateur (pour rappel 11 en moyenne en France), on se doute que la consommation d’électricité pour faire fonctionner tous nos appareils numériques peut très vite monter.


3. La consommation électrique du réseau, puis des centres informatiques

Les infrastructures réseau et les data centers représentent 34% des émissions mondiales de gaz à effet de serre du numérique.

Data center

Savez-vous que la vidéo Gangnam Style qui a été vue 2,7 milliards de fois sur la planète aurait induit une demande d’électricité équivalente à la consommation annuelle d’une petite centrale nucléaire ! Et qu’envoyer un mail équivaudrait à laisser une ampoule allumée pendant 20 minutes ?

En France métropolitaine, 10 % de l’électricité produite seraient ainsi consommés uniquement par des Data centers (qui ont besoin d’être refroidis), une consommation équivalente à celle d’une ville de 50 000 habitants.

De la pollution à la sobriété numérique

Le concept de sobriété numérique est apparu il y a une dizaine d’années suite notamment à la publication de ces rapports chiffrés. The Shift Project en propose cette définition dans son rapport “Pour une sobriété numérique“: « Acheter les équipements les moins puissants possibles, les changer le moins souvent possible, et réduire les usages énergivores superflus. »

La sobriété numérique vise donc à stopper la dynamique de croissance sans fin, afin de préserver les apports incontestables du digital. L’objectif est de promouvoir l’écoconception des équipements numériques, les low tech et les pratiques qui favorisent la réduction de l’empreinte écologique du numérique.

Concrètement et individuellement, quelles sont ces bonnes pratiques à adopter ?

Sobriété numérique : les bons gestes à adopter

En tant qu’utilisateur, nous avons un vrai pouvoir d’action pour limiter la pollution numérique. Voici 5 conseils pratiques :

On conserve nos appareils le plus longtemps possible

Certains collectifs oeuvrent aujourd’hui pour lutter contre l’obsolescence programmée de nos appareils et les modèles économiques qui encouragent une forme de surconsommation (comme le changement de téléphone tous les deux ans parce que le système d’abonnement « l’impose »). Mais chacun à notre niveau, nous pouvons :

  • faire le choix d’équipements fabriqués dans une démarche écoresponsable,
  • privilégier des appareils reconditionnés,
  • et ne pas remplacer nos appareils à chaque signe de dysfonctionnement pour privilégier la réparation.
sobriete numérique : reparation

On limite nos lectures de vidéos, en privilégiant le WIFI

Vous ne le saviez peut-être pas, mais les vidéos que nous visionnons en streaming constituent l’activité la plus énergivore de toutes nos activités numériques ! L’énergie consommée est 2 000 fois plus importante que l’énergie consommée directement par le smartphone. Si bien que selon The Shift Project, les sites de vidéos à la demande tels que Netflix ou Amazon Prime représenteraient 30% des émissions de gaz à effet de serre produites par le numérique, Youtube 21%. Donc pensons à :

  • Restreindre notre consommation de vidéos (à un moment on dit stop).
  • Limiter la résolution de ces vidéos, pas besoin de l’ultra HD pour visionner une vidéo de chat.
  • Les visionner en wifi, plutôt qu’en 4G (ce qui est 5 à 25 fois moins énergivore !)

On fait le tri dans ses mails

Le stockage d’un seul courriel produit 10g de CO2 par an, soit autant qu’un sac plastique. Chaque jour, 300 milliards de mails sont échangés à travers le monde, et seule la moitié sera lue.

Tri dans ses mails

Adoptons les bons réflexes :

  • On fait le tri dans sa boite mail et on supprime régulièrement tout ce qui n’est pas utile,
  • On se débarrasse des pièces jointes lorsqu’on répond à un message,
  • On optimise le poids des fichiers que l’on envoie. Et lorsque c’est possible, on recourt à une alternative aux fichiers lourds (hypertextes, clé usb),
  • On cible les destinataires pour limiter les envois en nombre. Si au sein d’une entreprise de 100 salariés l’on réduisait de 10% l’envoi d’emails incluant systématiquement un responsable et un collaborateur, cela permettrait une économie d’environ 1 tonne de CO₂ par an !

On laisse dans le cloud que ce dont on a vraiment besoin

Si le Cloud nous permet de sauvegarder nos données de manière pratique et rapide, c’est une source très importante d’énergie, invisible pour nous. On évite donc de stocker à tout va, et on ne conserve que les documents indispensables dans le cloud.

On dit stop à l’énergie vampire en éteignant ses appareils

Nous avons tous le réflexe d’éteindre la lumière, de couper l’eau une fois les mains lavées. Pourquoi ne pas adopter le même réflexe avec nos appareils numériques ? Car les appareils en veille consomment (même votre prise de téléphone que vous laissez branchée). Fermer sa box internet le matin avant de partir au bureau vous permettra en plus d’économiser environ 30 euros par an !

Le numérique est aujourd’hui est un vrai levier de développement économique et social. Il n’est donc pas question de le remettre en cause : seulement d’en adapter notre usage.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet, nous vous invitons à découvrir cette très belle infographie (cliquez dessus) :

Photos : freepik, flick’r (photo de couverture)