Smart city

La nature peut-elle humaniser la ville ?
2ème épisode : La nature pour une ville plus résiliente

Si, nous l’avons vu précédemment, la nature a de tout temps inspiré le travail des architectes, par le biomimétisme notamment, elle a très longtemps été opposée à la ville. L’urbanisation du monde occidental s’est caractérisée avant tout par des modèles de développement construits contre la nature. La réintroduction de celle-ci dans la cité est un phénomène récent, qui repose notamment sur la prise de conscience que les enjeux environnementaux, même en ville, influent autant sur le développement économique que sur la qualité de vie des habitants. Dans la smart city, la nature n’est plus considérée comme un ornement, mais un système vivant qui a un rôle à jouer sur notre santé, permettant également à nos villes de devenir plus résilientes.

Découvrons dans ce deuxième volet de notre dossier comment les pouvoirs de la nature peuvent se mettre au service de la vie de la cité.

 

Réintroduire la nature pour réduire la chaleur urbaine

Nos villes ont modifié les données naturelles du climat, en créant des ilots de chaleur, en perturbant la circulation de l’air : dans les grandes mégalopoles, ces phénomènes peuvent engendrer une élévation de la température nocturne de 9 degrés ! Une étude publiée en juillet 2019 par la revue scientifique PLOS ONE, et menée par des chercheurs de l’université ETH Zurich, indiquait que 8 villes sur 10 connaîtront une évolution forte de leur climat d’ici 2050 : en juillet ou en août, les températures à Paris pourraient ainsi augmenter de 6,1 degrés, tandis qu’à Londres, les températures devraient ressembler à celles de Madrid.

La réintroduction du végétal dans nos villes contribue à lutter contre le réchauffement : la végétation a en effet un pouvoir de « climatisation ». Non seulement elle crée de l’ombre, mais surtout, elle rejette de la vapeur d’eau (et donc rafraîchit) grâce au mécanisme de la photosynthèse. Une étude anglaise de 2007 a ainsi montré que 10% de couverture végétale en plus pouvaient limiter la hausse des températures de près de 4 degrés

La forêt urbaine de Montréal

Montréal, au Canada, l’a bien compris. La ville a mis en place dès 2012 le Plan Action Canopée. Le pari ? Miser sur l’arbre comme outil de lutte contre les changements climatiques et faire passer l’indice de canopée (couvert arborescent) de 20 % à 25 % d’ici 2025, grâce notamment à la plantation de 180 000 arbres dans la ville.

Les habitants sont intégrés au projet, à travers diverses actions de sensibilisation, à l’image de le campagne « Un arbre pour mon quartier », incitant chaque propriétaire de terrain à faire l’acquisition d’un ou plusieurs arbres à petits prix.

Le pari semble réussi, puisque déjà en 2019, l’indice de canopée avait atteint 26,2%. Les études montrent que cette augmentation est liée essentiellement à la croissance des arbres ; les effets des plantations des nouveaux arbres ont pour l’instant un impact limité, mais qui devrait s’accentuer dans les prochaines années. En France, des villes comme Lyon et Bordeaux ont décidé de s’inspirer de cette expérience, lançant à leur tour des plans canopée.

Les cours Oasis de Paris

À Paris, le projet Oasis tente de rafraîchir les cours des écoles de nos enfants, des espaces asphaltés qui contribuent au développement des ilots de chaleurs urbains. Cette initiative, issue de la stratégie de résilience de Paris, a été adoptée au conseil de Paris en septembre 2017. Objectif ? remplacer le bitume des cours par un nouveau revêtement innovant laissant s’écouler l’eau de pluie et permettant ainsi une végétalisation partielle.

Le projet sur le site de la Mairie de Paris

 

Végétaliser nos villes pour lutter contre la pollution de l’air

La réintroduction de la végétation a bien sûr un autre bienfait immédiat : l’amélioration de la qualité atmosphérique. L’OMS estime qu’à travers le monde 7 millions de personnes décèdent chaque année des effets de la pollution de l’air, qui serait à l’origine d’un décès sur 40 les pays développés. Pour garantir une qualité de l’air optimale, l’OMS préconise de planter 1 arbre pour 3 habitants, et 10 à 15 mètres carrés d’espace vert par habitant.

Le Via Verde Project de Mexico

Au Mexique, plus précisément à Mexico, considérée comme l’une des villes les plus polluées au monde, est née est l’une des plus grandes initiatives de végétalisation urbaine au monde : le via verde. Porté par un collectif de citoyens, le projet vise à transformer les colonnes du plus long viaduc du périphérique de Mexico en 60.000 mètres carrés de jardins verticaux, qui permettront de filtrer les particules fines. Pour recouvrir le bitume, les graines sont cultivées dans une grande toile en tissu réalisée à partir de bouteilles en plastique recyclé, ensuite fixée sur le mur. Les piliers sont protégés et l’eau de pluie récupérée.

Pour découvrir plus en détail ce projet porté par des citoyens, ca se passe sur youtube dans cette video

Les gratte-ciels antipollution de Singapour

Singapour a vu sa population augmenter de 2 millions d’habitants entre 1986 et 2007. C’est aujourd’hui une des villes les plus peuplées au monde. Pourtant, c’est une ville qui respire, car c’est aussi devenu l’une des villes les plus vertes : la nature représente aujourd’hui 50% du territoire de la ville. Pour lutter contre la pollution, la ville a notamment imaginé des faire pousser des arbres et des plantes dans… les gratte-ciels ! La première tour anti-pollution est née dans le quartier des affaires. Entièrement recouverte de verdure, Oasia, haute de 27 étages, abrite une vingtaine de variétés de vignes-vierges et autres plantes grimpantes tropicales.

 

Faire revenir la nature en ville pour lutter contre les inondations

Pendant des décennies, le béton a été l’allié principal de nos villes : il a envahi nos constructions, nos routes, nos parkings, nos trottoirs, entraînant une imperméabilisation massive des sols.  Avec pour principale conséquence, la forte augmentation des eaux de ruissellement, intensifiant les phénomènes d’inondations.  Or, la nature est d’une aide naturellement précieuse pour lutter contre ce phénomène.

Les villes-éponges de Chine

En 2015, le gouvernement lance le programme “villes-éponges”, qui s’inspire du principe des marécages. L’objectif de ce programme est de rendre la ville plus perméable, de la laisser absorber l’eau plutôt que de chercher à la transporter, et ainsi améliorer la résilience des villes face aux pluies : la ville devient inondable et survit à l’inondation.

Dans les 30 grandes villes-éponges de Chine, telle que Huwan, les rues sont construites avec des matériaux perméables, permettant à l’eau de pénétrer dans le sol. Les terre-pleins centraux, remplis de plantes, y sont transformés en jardins pluviaux. Routes et trottoirs absorbants récupèrent les eaux de pluie. Une multiplication de parcs, lac artificiel, des toitures végétalisées ou équipées de réservoirs complètent le dispositif.

Le projet Bleue Montréal du Québec pour faire renaître ses rivières

Site commémoratif de l’ancien emplacement de la rivière Saint-Pierre

A Montréal, au Québec, pour lutter contre le ruissellement et les inondations, la solution passe également par la nature, à laquelle il faut “simplement” redonner ses droits. Depuis 150 ans, l’urbanisation a fait disparaître 82 % des cours d’eau de la ville.

Le projet Bleue Montréal vise redonner à l’eau sa place originelle dans le paysage urbain, en faisant de nouveau couler à ciel ouvert cours d’eau et rivières enfouis il y a plus d’un siècle. Ce qui permettrait de d’améliorer et fluidifier la gestion des eaux pluviales, en réduisant la pression sur le réseau d’égout. “En exhumant ces cours d’eau ou recréant des rivières urbaines, il est possible de réduire l’impact des épisodes de pluies violentes de plus en plus fréquents en permettant à l’eau de s’écouler dans un aménagement prévu à cet effet » explique Sophie Paradis, directrice pour le Québec au WWF-Canada.

 

La nature pour améliorer notre bien-être et mieux vivre ensemble

Si réintroduire la nature dans nos villes permet de rendre celle-ci plus résilientes et de lutter contre la pollution et les catastrophes climatiques, ce « verdissement » a également des effets bénéfiques sur notre bien-être. De plus en plus d’études démontrent les effets bénéfiques de la nature sur la fatigue, le stress, la concentration, le développement cognitif chez les enfants et même la générosité ! Ses bénéfices sur notre qualité de vie, que ce soit en termes de santé physique et psychique que de liens sociaux ne sont désormais plus à démontrer.

La nature est un lieu privilégié d’interactions sociales. Que l’on aménage des jardins partagés, des toitures végétalisées ou des corridors verts, ces espaces favorisent rencontre et partage, et in fine, notre mieux vivre ensemble.

 

Rendre la nature à la ville a donc de nombreux effets bénéfiques : lutte contre la pollution de l’air, régulation des températures, préservation et stockage de l’eau, préservation de la biodiversité… Des études toujours plus nombreuses démontrent que la nature est une arme efficace et moins coûteuse pour s’adapter au changement climatique. En même temps que la ville devient plus résiliente, la ville nature participe au bien-être de ses habitants.

 

Crédits photos : Alain Chagnon (plan canopée) / Laurent Bourgogne – Ville de Paris (Oasis) / Unsplash