Architecture et design

Le prix Pritzker d’architecture attribué à deux Français

Lacaton Vassal Prix Pritzker

Le prix Pritzker est à l’architecture ce que le prix Nobel est à la littérature. Créé en 1979, ce prix, décerné par un jury indépendant, récompense chaque année un architecte pour sa contribution à la discipline. Le jury s’appuie non pas sur des photographies, mais sur un travail de terrain à travers de nombreuses visites des bâtiments signés par les architectes en compétition. Et cette année, c’est un duo d’architectes français reconnus qui vient de se voir remettre cette haute distinction : Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal. L’occasion de découvrir leur travail.

“On se prive d’architectures extraordinaires à cause d’un peu trop de confort, bourgeois”

Cela faisait 13 ans que le prix n’était pas revenu à la France. Le 13 mars dernier, ce sont bien deux Français qui ont été désignés les heureux gagnants de cette compétition internationale, véritable référence en matière d’architecture, qui avait récompensé Jean Nouvel en 2008.

Le couple, qui s’est formé sur les bancs de l’école d’architecture de Bordeaux, prône une architecture au service du bien-être pour le plus grand nombre. Leur recherche en matière d’économie de l’architecture les amène à concilier surfaces généreuses, techniques écologiques avec des coûts modestes. Selon le jury, « Non seulement ils ont défini une approche architecturale qui renouvelle l’héritage du modernisme, mais ils ont également proposé une définition ajustée de la profession même d’architecte ». C’est la dimension profondément sociale des deux architectes français qui ont donc séduit.

Une architecture qui va à l’essentiel

© Philippe Ruault

La maison Latapie située près de Bordeaux, à Floirac, signe en 1993 leur première expérience bioclimatique à coût bas. Le projet est né de la commande d’une famille (un couple et leurs deux enfants) disposant d’un petit budget.

Pour répondre à cette demande, les deux architectes ont misé sur un volume simple sur une base carrée, composée de deux plateaux. Des panneaux translucides en polycarbonate ont été installés à l’arrière de la maison pour gagner en surface, tout en favorisant l’éclairage naturelle et la ventilation de la maison. Résultat : en allant à l’essentiel, grâce à une architecture d’assemblage, les architectes ont conçu une maison de 185 mètres carré pour un coût de 55 275€. Une parfaite illustration de « l’esthétique de l’ordinaire » chère au couple.

© Philippe Ruault

Reconsidérer le rapport de l’Homme à son environnement

Le travail d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal vise à concilier optimisation budgétaire, bien-être des occupants et respect de l’environnement. La maison qu’ils ont imaginée sur le site de Lège Cap-Ferret en 1998 en est une belle illustration.

Cette maison a été construite face au Bassin d’Arcachon, au milieu et autour des pins, inversant le rapport de force entre l’Homme et la nature. Elle repose sur 12 micropieux enfoncés de huit à dix mètres de
profondeur, permettant de réduire au maximum son impact sur le milieu naturel. Erigée entre les arbres qui impriment la structure de la maison, celle-ci, légère et transparente, est parfaitement intégrée dans le paysage. La structure sur pilotis et le bardage métallique du bâtiment permettent non seulement d’alléger le poids de la maison mais sont aussi facteurs de réduction des coûts.

Les deux architectes ont ainsi réussi le pari de réaliser une magnifique maison de 180 m² et 30 m² de terrasse, avec un budget 123 000 €.

© Philippe Ruault

Utiliser l’existant, l’adapter, le transformer

L’école Nationale d’Architecture de Nantes

Cette idée d’agrandir l’espace pour gagner en liberté et bien-être, les architectes ne l’appliquent pas qu’aux logements. Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont notamment imaginé l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes, pour lequel ils obtiennent le Grand Prix national de l’architecture.

Le projet initial mentionnait une surface à bâtir de 15 150 m². Mais les deux architectes, fidèles à leur philosophie, ont décidé d’ajouter, dans le même cadre budgétaire, 4 430 m² d’espaces intérieurs et 5 305 m² d’espaces extérieurs. Ateliers en double hauteur, auditorium avec des parois coulissantes qui peuvent s’ouvrir sur la rue, toit-terrasse de 2000 m²… l’espace modulable s’offre aux étudiants et aux habitants de la ville.

L’ENSA de Nantes

Le Palais de Tokyo à Paris

Tirer au maximum parti des qualités physiques et esthétiques d’un bâtiment ou d’un site, tel est toujours la gageure des architectes.

La restauration du Palais de Tokyo à Paris en est un bel exemple. Lorsqu’ils s’en voient confiés la restauration, ils ne veulent surtout pas reproduire l’atmosphère parfois aseptisé d’autres musées. Pour Vassal et Lacaton, il ne s’agit pas d’une réhabilitation mais d’un « processus qui se remet en route » : ils font tomber cloisons et sous-plafonds, mettent en lumière les verrières occultées, libèrent l’espace pour révéler la force du lieu d’origine.

Palais de Tokyo © 11h45

La cité du Grand Parc à Bordeaux

Cette philosophie, ils l’appliquent également au logement social : au lieu de détruire, ils prônent une architecture pour améliorer l’existant. Une philosophie qui a guidé leur travail de régénération de la Tour Bois-le-Prêtre à Paris, et plus récemment de 3 bâtiments de la cité du Grand Parc à Bordeaux, un ensemble de logements construits dans les années 60.

Pour améliorer la vie des habitants et contribuer à transformer l’image de ces grands ensembles, les façades de 530 appartements ont été remplacées par des jardins d’hiver chauffés, prolongés de balcons bioclimatiques, avec de larges baies vitrées.

Outre l’augmentation de la surface habitable, cette réhabilitation a également participé à une conception bioclimatique du bâti.

Laissons le mot de la fin au jury du prix Pritzker à propos de l’oeuvre des deux architectes. Nous saluons « leur travail, qui répond aux urgences climatiques et écologiques de notre temps autant qu’à ses urgences sociales, en particulier dans le domaine du logement urbain, redonne de la vigueur aux espoirs et aux rêves modernistes d’amélioration de la vie du plus grand nombre ».